Installer un tableau électrique encastrable ne se résume pas à fixer un coffret dans un mur. La norme NF C 15-100 impose aujourd’hui une architecture précise des circuits, des protections différentielles, de la Gaine Technique Logement (GTL) et des dispositifs de sécurité, en particulier dans la cuisine et les pièces d’eau. Une installation réussie repose autant sur le choix du coffret que sur la préparation du mur, le dimensionnement des rangées et la mise en conformité pour le Consuel.
En suivant une méthode rigoureuse, il devient possible de poser soi-même un tableau encastré propre, évolutif et conforme, tout en anticipant les besoins futurs du logement : circuits spécifiques, bornes IRVE, protection contre les arcs électriques, parafoudre, tableau de communication. Les sections qui suivent détaillent chaque étape, du repérage des cloisons à la mise sous tension, en passant par le choix du modèle, le câblage et les contrôles finaux.
| Étape | Points essentiels |
| Préparation de l’emplacement | Créer une niche adaptée et vérifier qu’elle permet une fixation stable et accessible. |
| Mise en place du coffret | Positionner le cadre, ajuster l’alignement et fixer solidement dans le mur. |
| Raccordements | Installer les disjoncteurs, connecter les circuits et organiser le câblage proprement. |
| Vérification finale | Contrôler la fixation, la sécurité et tester la mise sous tension. |
Norme NF C 15-100 et tableau encastrable : ce que vous devez maîtriser
La norme NF C 15-100, adoptée en août 2024 et rendue obligatoire en septembre 2025, encadre la conception et l’installation d’un tableau électrique, qu’il soit en saillie ou encastré. Elle se décline en 21 sous-normes NF C 15-100-X qui couvrent le dimensionnement des circuits, la répartition des différentiels, la protection des personnes et des biens.
Installer un tableau encastrable impose donc de respecter à la fois la partie mécanique (coffret, niche, cloison) et la partie électrique (disjoncteurs, différentiels, parafoudre, section des conducteurs). Une non-conformité conduit à un refus du Consuel lors d’une création ou d’une rénovation lourde.
« Toute installation électrique neuve ou entièrement rénovée doit être conforme à la norme NF C 15-100 et faire l’objet d’un certificat de conformité délivré par le Consuel. »
La norme impose en particulier :
- Une protection différentielle 30 mA sur l’ensemble des circuits.
- Des disjoncteurs calibrés en fonction de la section des conducteurs et de l’usage.
- Un tableau de communication distinct du tableau de puissance.
- Un parafoudre en présence d’une alimentation par ligne aérienne.
- Des détecteurs d’arcs électriques sur certains circuits, selon le niveau d’exigence retenu.

Positionnement de la GTL et contraintes d’encastrement
Le tableau électrique encastrable s’intègre dans la Gaine Technique Logement (GTL). Cette gaine structure la montée des câbles, la répartition des circuits de puissance et de communication, ainsi que les dispositifs de coupure générale.
Pour un logement neuf ou une rénovation complète, la GTL présente des dimensions et un positionnement imposés :
- Largeur minimale : 600 mm (60 cm).
- Profondeur minimale : 250 mm.
- Hauteur : du sol au plafond.
- Hauteur des manettes de commande (disjoncteurs) entre 0,90 m et 1,80 m.
La GTL doit se situer à l’intérieur du logement, dans une pièce sèche, à l’abri de la poussière et de l’humidité. Elle se positionne généralement dans :
- Un dégagement ou une entrée.
- Un local technique ou buanderie.
- Un placard technique, accessible sans outil.
« La GTL doit rester facilement accessible, y compris en cas d’urgence, pour permettre la coupure générale rapide de l’installation. »
Choisir son tableau électrique encastrable : dimensions, modules, matériaux
Le choix du coffret encastrable conditionne l’ergonomie et l’évolutivité de l’installation. La NF C 15-100 impose des réserves d’évolution en modules libres, en particulier dans le collectif.
Capacité en modules et nombre de rangées
Les coffrets se déclinent en plusieurs capacités, exprimées en modules. Un module standard mesure 17,5 mm de large, et une rangée classique comporte 13 modules. Les modèles courants mentionnés dans les données techniques sont par exemple :
| Capacité | Dimensions (L x H x P) | Usage typique |
|---|---|---|
| 5 modules | 150 x 140 x 90 mm | Tableau secondaire, local technique, circuit spécifique |
| 26 modules | 442 x 346 x 94 mm | Petit logement ou tableau divisionnaire |
| 56 modules | 778 x 362 x 88 mm | Maison individuelle moyenne |
| 72 modules | 654 x 855 x 95 mm | Habitation plus grande, nombreux circuits |
Pour une installation conforme en logement, la norme recommande un dimensionnement par surface :
- T1 / T2 < 35 m² : 2 rangées.
- T3 à T5 entre 35 et 100 m² : 3 rangées.
- > 100 m² : 4 rangées.
En logement collectif, au moins 6 modules libres restent disponibles en réserve. Dans tous les cas, on conserve une réserve utile de 20 % de la capacité du tableau pour les ajouts futurs.

Matériaux et caractéristiques techniques du coffret encastrable
Un coffret encastrable destiné à un logement respecte les critères suivants :
- Matériaux : techno-plastique, plastique ABS sans halogène, polycarbonate ou métal blanc.
- Classe II : double isolation pour limiter les risques de contact indirect.
- Tenue au fil incandescent : 750 °C et auto-extinguible.
- Indice de protection : IP40 (protection contre les corps solides > 1 mm).
- Résistance aux chocs : IK08.
- Intensité admissible : jusqu’à 63 A selon le modèle.
- Rail DIN pour la fixation des disjoncteurs et modules.
Les rails inclinables et extractibles facilitent le câblage et la maintenance, surtout dans une niche encastrée moins accessible que les tableaux en saillie. Un coffret à portes opaques ou transparentes se choisit en fonction de l’esthétique recherchée dans le couloir ou l’entrée.
Compatibilité avec les murs et préparation de la niche
Un tableau encastrable se pose sur différents types de parois :
- Cloisons creuses (placo, BA13, cloisons sèches).
- Murs pleins (brique, agglo, béton cellulaire, maçonnerie traditionnelle).
- Cloisons techniques montées pour accueillir la GTL.
Dans une cloison en plaque de plâtre, la niche s’obtient aisément en prévoyant une ossature adaptée et une réservation aux dimensions du coffret. Sur un mur plein, une saignée de grande dimension ou une niche maçonnée se réalise à la disqueuse et au burin, en respectant la structure porteuse.

Hauteur de pose et accessibilité
La norme fixe des hauteurs de pose pour garantir l’accessibilité aux commandes :
- Hauteur minimale : 90 cm du sol fini sans porte, ou 50 cm avec porte.
- Hauteur maximale : 180 cm.
- Hauteur recommandée : environ 1,30 m pour le confort d’utilisation.
Les manettes des disjoncteurs et différentiels restent comprises entre 0,90 m et 1,80 m. Cette plage permet à un adulte de manœuvrer la coupure générale sans escabeau.
Équipements obligatoires dans un tableau électrique encastrable
Le coffret encastrable accueille l’ensemble des dispositifs de protection imposés par la NF C 15-100. Une architecture cohérente assure la sécurité des occupants et simplifie les interventions ultérieures.
Différentiels, disjoncteurs et dispositifs de coupure
Le tableau comprend au minimum :
- Un dispositif différentiel de tête adapté à la valeur de la prise de terre.
- Des dispositifs différentiels 30 mA de type A et de type AC.
- Des disjoncteurs divisionnaires, un par circuit.
- Un dispositif de coupure d’urgence facilement identifiable.
La répartition type :
- Différentiels type A 30 mA pour : plaques de cuisson, lave-linge, IRVE, certains circuits spécialisés.
- Différentiels type AC 30 mA pour : éclairage, prises classiques, circuits moins sensibles aux composantes continues.
La règle de base impose au moins 8 disjoncteurs par différentiel, en veillant à équilibrer les charges pour limiter les déclenchements intempestifs.
Parafoudre, détecteur d’arcs et protections complémentaires
Dans les régions alimentées par ligne aérienne, la présence d’un parafoudre devient obligatoire. Il se positionne en amont des différentiels et protège l’installation contre les surtensions transitoires (foudre, manœuvres réseau).
Les détecteurs d’arcs électriques complètent la protection en identifiant les défauts d’arc série susceptibles de provoquer un départ de feu, en particulier sur les circuits de prises très chargés (bureaux, multimédia, électroménager).
Pour une IRVE (borne ou prise de recharge de véhicule électrique), la norme impose :
- Un circuit dédié.
- Un interrupteur différentiel de type A ou B, selon la borne.
Circuits spécifiques et sections de câbles à respecter
Les circuits spécialisés nécessitent un dimensionnement précis des disjoncteurs et des sections de conducteurs. Pour un fonctionnement fiable des appareils électroménagers et de cuisson, la NF C 15-100 détaille les intensités minimales.
Circuits spécialisés cuisine
Pour la cuisine, les circuits dédiés suivants se prévoient dans le tableau encastré :
| Usage | Intensité | Section conducteurs |
|---|---|---|
| Plaques de cuisson | 32 A | 6 mm² |
| Four | 20 A | 2,5 mm² |
| Lave-vaisselle | 20 A | 2,5 mm² |
La configuration minimale inclut :
- 1 circuit 32 A (plaques).
- 2 circuits 20 A pour les appareils.
- Au moins 6 prises 16 A, dont 4 sur le plan de travail si la surface de la cuisine dépasse 4 m².
- 1 point d’éclairage DCL au plafond.
Ces circuits se repèrent clairement dans le tableau par un étiquetage précis. Une rangée de disjoncteurs dédiée à la cuisine améliore la lisibilité.
Pièces d’eau et volumes de protection
Dans la salle de bains, la protection différentielle 30 mA est obligatoire, ainsi qu’une liaison équipotentielle raccordant les éléments métalliques (canalisations, radiateur, baignoire en métal). Les règles de volumes autour de la douche ou de la baignoire déterminent la position des prises et des luminaires.
Électricité de la maisonTableau électrique Legrand : 5 critères pour choisir entre prééquipé et à composerLes circuits de sèche-serviettes, lave-linge ou prises spécifiques dans ces pièces se protègent en type A ou AC selon les recommandations du fabricant et se raccordent au tableau avec un repérage précis du volume concerné.
« Dans les pièces d’eau, aucun appareil ni prise ne se trouve dans le volume de sécurité sans respecter les indices de protection IP et les règles de la NF C 15-100. »
Code couleur des conducteurs et règles de câblage
Le respect du code couleur des conducteurs facilite les interventions ultérieures et réduit les risques d’erreur lors de l’installation du tableau encastrable.
- Neutre : bleu.
- Phase : rouge, noir ou marron.
- Terre : vert/jaune.
À l’intérieur du coffret, les conducteurs se disposent proprement :
- Regroupement des neutres par différentiel sur bornier dédié.
- Regroupement des terres sur la barrette de terre.
- Phases distribuées via peignes d’alimentation adaptés à la largeur des modules.
Les rails DIN supportent les disjoncteurs et les modules. L’utilisation de peignes horizontaux ou verticaux évite les pontages en fil volant, sources de désordre et de risque de desserrage.
Étapes d’installation d’un tableau électrique encastrable
L’installation d’un tableau encastré suit une séquence logique. En rénovation, la durée dépend de l’état de l’existant et des reprises de cloison à prévoir.
1. Préparation du chantier et consignation
Avant toute intervention, on procède à la coupure de l’alimentation générale depuis le disjoncteur de branchement du distributeur d’énergie. Un test à l’outil (VAT, multimètre) confirme l’absence de tension.
Les étapes de préparation :
- Repérage de l’emplacement de la GTL et du tableau.
- Traçage du contour du coffret encastré sur la cloison.
- Protection du sol et du mobilier contre la poussière.
2. Création de la niche dans la cloison
Selon le type de mur :
- Cloison creuse : découpe de la plaque de plâtre à la scie cloche ou scie sauteuse, ouverture propre aux dimensions du tableau encastrable.
- Mur plein : traçage au cordeau, découpe à la meuleuse, dégagement de la niche au burin et au marteau, nivelage du fond.
La profondeur atteinte doit rester au moins égale à la profondeur du coffret (souvent autour de 90 à 100 mm), en tenant compte de l’épaisseur du revêtement mural (enduit, carrelage, parement).
3. Fixation du coffret encastrable
Une fois la niche préparée :
- Positionnement à blanc du coffret dans l’ouverture.
- Réglage de la verticalité et de l’alignement au mur apparent.
- Fixation par pattes de scellement, chevilles ou vis dans l’ossature métallique de la cloison.
Le fond doit rester stable, sans jeu. Un léger rebord pour encastrer la collerette du coffret peut être prévu pour un fini plus net, surtout si une porte décorative est installée.
4. Passage et préparation des câbles
Les conduits (gaines ICTA) amènent les circuits depuis les différentes pièces jusqu’à la GTL. On regroupe :
- Les circuits d’éclairage.
- Les circuits de prises.
- Les circuits spécialisés (cuisine, chauffage, IRVE, ballon d’eau chaude).
Chaque gaine sort dans la partie basse ou haute du futur tableau, en fonction de l’architecture de la gaine technique. Les conducteurs sont tirés, numérotés ou repérés pour correspondre à l’affectation prévue dans le schéma unifilaire.
5. Pose des rails, des différentiels et des disjoncteurs
Les rails DIN fournis avec le coffret sont mis en place, souvent déjà montés en usine. L’ordre recommandé de montage :
- Interrupteur général ou sectionneur.
- Parafoudre le cas échéant.
- Interrupteurs différentiels 30 mA (type A et AC).
- Disjoncteurs divisionnaires répartis par usage : éclairage, prises, cuisine, chauffage, IRVE.
- Éventuels détecteurs d’arcs et autres modules de protection.
On veille à respecter le nombre de disjoncteurs par différentiel (au moins 8) et à équilibrer les circuits afin d’éviter les déclenchements intempestifs en cas de surcharge sur une seule rangée.
6. Câblage interne du tableau encastrable
Le câblage se fait en plusieurs étapes :
- Branchement des phases sur les entrées des disjoncteurs, via un peigne ou des conducteurs de section adaptée.
- Raccordement des neutres sur les borniers dédiés, rangée par rangée.
- Raccordement des terres sur la barrette de terre.
- Liaison des interrupteurs différentiels à l’alimentation générale et aux disjoncteurs de leur rangée.
Chaque circuit reçoit :
- Un disjoncteur ou coupe-circuit dédié.
- Un repérage clair, par numéro ou par nom (ex. « Prises cuisine plan de travail », « Éclairage étage », « Lave-linge »).
« Un tableau bien repéré réduit le temps d’intervention en cas de panne et limite les erreurs de manipulation sur des circuits sensibles. »
Tableau de communication et séparation forts / faibles courants
La norme impose désormais un tableau de communication distinct, qui prend place dans la GTL, à proximité du tableau de puissance. Ce coffret accueille les arrivées :
- Réseau cuivre (téléphone, ADSL).
- Réseau coaxial (TV).
- Réseau RJ45 pour l’Internet et le multimédia.
La séparation entre courants forts (230 V) et courants faibles (données, TV, téléphonie) limite les perturbations électromagnétiques et clarifie l’organisation de l’installation. Les deux tableaux restent proches mais physiquement séparés.
Contrôles, mise en service et conformité Consuel
Avant la mise sous tension, un contrôle systématique du tableau encastrable s’impose :
- Vérification du serrage des bornes (couple recommandé par le fabricant).
- Contrôle de la continuité de la terre et de la liaison équipotentielle.
- Test des interrupteurs différentiels 30 mA via le bouton de test.
- Vérification du calibrage des disjoncteurs par rapport aux sections des câbles.
- Validation de la présence des protections requises (parafoudre, détecteur d’arcs selon configuration, IRVE).
Après remise sous tension depuis le disjoncteur de branchement, chaque circuit se teste individuellement (éclairage, prises, circuits spécialisés). Le bon fonctionnement et l’absence de déclenchement anormal confirment un câblage correct.
Dans le cadre d’une installation neuve ou d’une rénovation complète, l’obtention du certificat de conformité Consuel conditionne l’ouverture définitive du compteur par le gestionnaire de réseau.
« Sans attestation de conformité Consuel, aucune mise en service définitive du compteur ne s’effectue sur une installation neuve. »
Le budget pour un remplacement de tableau (fourniture + pose) se situe généralement entre 400 et 1 500 €, selon la taille du coffret, le nombre de circuits, la marque des appareillages et la complexité de l’encastrement.
Quand prévoir un tableau secondaire encastrable ?
Dans une grande maison ou un logement avec dépendance, un tableau électrique secondaire encastré offre une solution pratique. Ces coffrets compacts, de 1 à 8 modules, se placent dans :
- Un garage éloigné.
- Un atelier.
- Une dépendance habitable ou un studio.
- Un étage éloigné du tableau principal.
Le tableau principal, dimensionné dès l’origine, alimente le tableau secondaire par une ligne dédiée, protégée au calibre adapté. La mise en œuvre reprend les mêmes principes d’encastrement, de câblage et de protection différentielle.
Ressources complémentaires pour approfondir
Pour aller plus loin sur le dimensionnement, la structure et la pose d’un tableau encastrable, plusieurs ressources complètent les informations de cet article :
- Le guide complet du tableau électrique pour comprendre les schémas, le choix des disjoncteurs et la répartition des circuits.
- Le dossier sur le bac encastrable de tableau pour maîtriser les aspects purement mécaniques, la création de la niche et l’intégration dans les cloisons.
- La fiche pratique sur l’installation d’un tableau électrique pour comparer encastré et saillie, évaluer les avantages et les limites de chaque solution dans un logement existant.






